Boucles de Seine – TRONC COMMUN https://tronc-commun.la27eregion.fr Mon, 01 Dec 2025 14:39:00 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.4.8 Interpellateur : une veille dynamique (livrable) https://tronc-commun.la27eregion.fr/2025/10/31/interpellateur-une-veille-dynamique-livrable/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=interpellateur-une-veille-dynamique-livrable Fri, 31 Oct 2025 16:17:35 +0000 https://tronc-commun.la27eregion.fr/?p=900 Point de départ – la participation citoyenne

Dans le cadre du renouvellement de la Charte du Parc, nos partenaires du PNR des Boucles de la Seine Normande ont été amenés à recueillir des contributions d’habitant.e.s pour nourrir une vision prospective du territoire du parc. Si la démarche a plutôt bien mobilisé, les habitant.es sont en revanche difficiles à capter dans des instances de participation citoyenne plus « classiques » (sur les plus de 400 personnes ayant contribuées au recueil de récits, seules 20 se sont montrées intéressées par une implication plus régulière, et seulement 6 ont finalement franchi le pas de venir à la réunion prévue spécifiquement pour elles et eux).

Convaincus de l’intérêt de faire de la participation citoyenne, nos partenaires étaient demandeurs d’une veille inspirante, ce à quoi ce document a initialement ressemblé avant d’être transformé en cet objet un peu hybride …

Car, aussi louable l’intention soit-elle, quelques questions restaient en suspens : à quel(s) besoin(s) répond la mobilisation des habitant.es ? Les conditions sont-elles réunies pour que cela aient vraiment un impact et que leur parole soit prise en compte ? Et ensuite, se poserait des questions de formats et méthodes de participation …

Se laisser interpeller

Alors nous avons un peu twisté la veille pour la rendre plus interpellante : la porte d’entrée est plutôt une question (parfois déroutante) à se poser (seul.e ou collectivement), illustrée ensuite par un exemple inspirant (qui y répond à sa façon sans être LA solution).

Derrière la participation citoyenne, il y a finalement l’enjeu, plus large, de la coopération avec des parties prenantes locales (les habitant.es, mais aussi pourquoi pas les non-humains). Cette question de la coopération se décline aussi à différents niveau (avec des enjeux et parties prenantes parfois différents) : coopération plus stratégique à l’échelle de la charte forestière, plus systémique à l’échelle de la vallée de Seine en agrégeant les autres chartes forestières voisines. Ces différents niveaux de gouvernance, nous les avons explorés – de manière non exhaustive – dans le cadre du programme Tronc Commun.

« Interpellateur » : favoriser une dynamique de coopération à plusieurs échelles

Ce livrable n’est donc pas totalement un benchmark, ce n’est pas non plus un jeu, ni un plan d’actions. C’est plutôt un nuancier de questions, que l’on trouve plutôt utiles à se poser dans différents contextes, illustrées par quelques exemples inspirants, et des pistes de mise en test pour nos partenaires. Il peut être un bon objet pour ouvrir collectivement des sujets, et expliciter les visions que les différentes parties-prenantes en ont.

– Il est disponible ici, en version web : Interpellateur, PNR BSN

– Ici, en version imprimable sous forme de cartes recto-verso : Interpellateur, version imprimable

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Anatomie d’un comité de suivi inter-chartes forestières https://tronc-commun.la27eregion.fr/2025/10/31/anatomie-dun-comite-de-suivi-inter-chartes-forestieres/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=anatomie-dun-comite-de-suivi-inter-chartes-forestieres Fri, 31 Oct 2025 14:24:23 +0000 https://tronc-commun.la27eregion.fr/?p=893 En s’intéressant de plus près à l’animation des chartes forestières et aux dynamiques existantes au PNR des Boucles de la Seine Normande, nous avons rapidement identifié les comités de suivi de ces chartes comme des endroits pouvant générer quelques frustrations.

Depuis quelques années, les animateurs des chartes forestières du PNR des Boucles de la Seine, de Rouen Métropole et de l’Agglo Seine Eure (… et bientôt du Havre), on mit en place des comités de suivi inter-chartes, partant du constat que les partenaires mobilisés (ONF, CNPF, DDTM, Fibois …) étaient les mêmes, leur proposer un temps 3-en-1 ne faciliterait que leur implication. Depuis lors, chaque territoire de charte assure l’organisation logistique du comité à tour de rôle.

Nous faisons l’hypothèse que ces temps pourraient être des occasions de rendre la dynamique forestière plus collective et partenariale ; pourraient permettre de sortir de l’exécution du plan d’actions pour prendre un peu de recul sur les évolutions dans lesquelles elles s’inscrivent et les paris auxquels elles contribuent ; et pourraient être investis comme de vrais temps stratégiques.

Nous avons donc proposé à ces trois structures, ainsi qu’à l’Union Régionale des Communes Forestières de Normandie un temps de mise à plat de leur comité de suivi pour en comprendre tous les ressorts.

Du comité de suivi au COPIL, il n’y a qu’un pas ?

Nous nous sommes nourris pour cette session des réflexions entreprises par l’agence Partie Prenante dans COPILOTE, qui propose de mettre les comités de pilotage sur l’établi : de la difficulté à donner de la places au débat contradictoire, en passant par la succession de présentations descendantes, ou encore en observant les jeux de postures, inutile de chercher très loin pour constater qu’une marge d’amélioration est possible dans ces instances. Et s’il est bien question de régler le « comment ça fonctionne ? », encore faut-il sortir du flou sur sa fonction et se demander « à quoi c’est censé servir ? »

… Et si on se posait les mêmes questions pour les comités de suivi ? Sur le papier, les constats ne sont pas si différents. Et même s’il ne s’agit pas à proprement parler d’un COPIL, le fait de le nommer comité de suivi en dit déjà quelque chose sur le renoncement à faire un endroit de pilotage : « La question du nom traduit l’ambiguïté du positionnement. C’est à la fois un comité technique et un temps pour les élus. Le flou sur le nom traduit la tentative d’articuler les objectifs de chacun ».

Décortiquer le comité de suivi en trois étapes

> Qu’est ce qu’il s’y passe et qu’est ce qu’on aimerait qu’il s’y passe ?

Les comités de suivi rassemblent une 40 aine de personnes. Ils sont introduits par l’élu.e référent.e-forêt accueillant (à tour de rôle sur les 3 territoires). La matinée est consacrée à un temps en plénière, l’objectif est avant tout le partage d’informations. Chaque charte est racontée par la présentation de quelques actions qui se sont déroulées dans l’année (allant de « 3 ou 4 pour les détailler un peu plus », à « une dizaine pour balayer tous les axes »), les équipes sont autonomes pour préparer ces présentations, ce qui explique leurs natures un peu hétérogène. Les actions qui sont répliquées dans plusieurs territoires sont mises en avant. Les interactions avec le public de participant.e.s sont variables. L’après-midi permet d’illustrer ce qui a été présenté le matin, grâce à une visite de terrain (visite d’une entreprise, d’une forêt FSC …), très appréciée des élus notamment. Les présentations de la matinée sont ensuite envoyées aux partenaires, accompagnées parfois d’un compte-rendu des échanges.

Ce temps bien huilé n’est pas sans générer quelques frustrations du côté des animateurs des chartes, parmi lesquelles :

  •  la grande densité d’informations partagées et le peu de place faite aux interactions : « il y a peu de place pour les échanges, c’est très dense, même si ça donne un bon panorama des actions » ; « Partager de l’information est important, mais quand on le fait on sent quand même une forme de passivité dans la salle… » ;« j’aimerais que ce soit plus participatif, mais j’ai l’impression que ce n’est pas ce que viennent chercher les participants. Les gens ne se plaignent pas et ne manifestent pas d’autres attentes, donc globalement c’est que ça leur va … » ;
  •  le manque de valorisation et de mesure d’impact des actions communes aux territoires : « on ne voit pas vraiment la plus-value des actions qui se retrouvent sur plusieurs chartes, elles sont juste présentées plusieurs fois » ;
  •  l’absence de temps plus réflexif permettant d’alerter sur les difficultés rencontrées « Il n’y a aucun moment où on met à plat les freins qu’on a nous en tant que techniciens pour faire les actions » ;
  •  le manque d’inspiration au-delà du périmètre des chartes : « Ce qu’on fait très peu c’est d’aller voir des choses qui se font en dehors du territoire » ; « ça pourrait être un lieu pour présenter d’autres actions menées ailleurs, par les partenaires ».
  •  la substitution de temps entre techniciens pour évaluer les actions communes par des considérations organisationnelles et logistiques pour préparer la journée.

Si de bonnes choses sont tout de même à garder dans cette journée car jugées essentielles par les animateurs (comme la présentation des actions), le risque est plutôt que son format s’épuise dans le temps. Comment rendre cette journée plus contributive et moins descendante ? Comment remettre un peu de stratégie et faire de la présentation factuelle des actions un moyen de repolitiser le sujet forestier ?

> Quelle est ou devrait être la véritable fonction de ce comité ?

Ce comité est un temps de mise à jour sur les projets déployés dans les chartes : c’est le seul temps de l’année où il y a un temps d’avancement sur les chartes, et les animateurs y tiennent (« je tiens très fort au côté information »).

Ce comité devrait être un temps plus politique : « une charte forestière est un outil de territoire, ça ne peut se faire qu’avec les élu.es. Pour moi c’est un outil politique à la base. Et c’est devenu un outil technique… On a perdu la vision politique des choses, parce que c’est confortable de l’animer comme ça ». Dans l’état actuel du comité, pensé comme un temps pour les élus, il n’y a aucun temps de discussion sur les attentes pour le territoire.

Au fil de l’échange, si les animateurs de chartes n’expriment pas tout à fait les mêmes frustrations c’est probablement qu’ils n’ont pas les mêmes attentes vis-à-vis de ce comité. C’est ce que traduit déjà le flou sur le nom de cette instance. Et quand il y a un flou, il y a un loup ! « le problème c’est quand on est pas forcément sur les mêmes pas de temps entre les chartes, donc les attentes ne sont pas forcément les mêmes ». Si l’idée est louable de vouloir faire un temps collectif, le risque n’est-il pas de tenter de contenter tout le monde au détriment des besoins de chaque équipe territoriale ? Comment repenser ou réaménager ce temps afin que chacun en tire profit ?

> Qu’attend-on des participant.es présent.es ?

Finalement, c’est autour du rôle de l’élu.e que nous avons le plus échangé. Mais la difficulté est de trouver la bonne articulation entre concernement territorial et stratégie inter-territoriale : « Un élu connaît les enjeux de son territoire, mais prendre un peu de recul et faire travailler des élu.es sur des enjeux partagés, à l’échelle de plusieurs territoires, c’est pas évident pour eux » ; « il faudrait que nos élu.es soient déjà impliqués pour la charte elle-même ; puis voir après s’il y a un axe stratégique plus large. Donc en premier lieu il faut consolider une base solide à une échelle territoriale avant de travailler l’inter-territorial ».

Une journée de comité de suivi pourrait peut-être articuler des temps en comité resserré autour de chaque charte, et des temps plus collectifs ?

A cela s’ajoute un besoin de clarification à propos « des élu.es » dont on parle : est-ce qu’il s’agit seulement des référents forêt de chaque collectivité, ou bien de tous les élu.e.s ? L’attente n’est sans doute pas la même envers tous.

Autre attente, plus difficile à mesurer, envers les participant.es : « pas forcément de contribution directe, mais que ce temps nourrisse chez eux de nouvelles actions, de nouveaux liens et partenariats ». Comment ne pas uniquement projeter ces nouvelles dynamiques comme bénéfice co-latéral des comités, mais tenter de les mesurer, de les rendre visibles ? Voir comment cela pourrait nourrir la dynamique partenariale inter-chartes ?

Quelques fils à tirer pour la suite :

  • Se poser le même type de questions, mais avec les élu.es pour connaître la manière dont ils vivent ces comités, et ce qu’ils pourraient en attendre ;
  • Faire des divergences d’attentes et d’ambition des porteurs de charte un vrai sujet de travail pour que chacun.e y retrouve un intérêt dans ces comités, et éviter de contenter un peu tout le monde, mais totalement personne ;
  • Mettre à profit les liens de confiance entre les animateur.ices de chartes pour renforcer le processus de coopération : par exemple se préparer au comité de suivi (expliciter les intentions, les finalités, les enjeux collectivement), plutôt que préparer le comité de suivi (déroulé et logistique, où chaque animateur.rice prépare sa présentation avec ses propres intentions) ;
  • Aborder différemment le prochain comité de suivi : Et si le prochain comité était justement l’occasion d’expliciter les intentions et besoins de chacun.e des participant.es, de leur donner davantage la parole, de dessiner ensemble à partir de là un autre visage de ce comité, de s’interroger sur ce qui se passerait si on ne faisait plus de comité, pour possiblement mieux faire ressortir ce à quoi on tient ?

 

 

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Une journée pour repenser les chartes forestières (2/2) https://tronc-commun.la27eregion.fr/2025/08/19/une-journee-pour-repenser-les-chartes-forestieres-2-2/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=une-journee-pour-repenser-les-chartes-forestieres-2-2 Tue, 19 Aug 2025 10:47:20 +0000 https://tronc-commun.la27eregion.fr/?p=877 En deuxième partie de journée, nous avons proposé aux participant.es de mettre un peu de côté les chartes en tant que telles pour s’attarder sur la dynamique inter-chartes qui existe sur le territoire. Au-delà des partages de pratiques, faut-il – et si oui, comment – faire de cet espace un moyen de porter des défis plus ambitieux, collectivement ?

Expliciter et clarifier les attentes de la dynamique inter-chartes

La dynamique inter-chartes que l’on retrouve en Normandie fait plutôt figure d’exception, avec des intentions de coopération plus poussées que dans d’autres territoires. Quelles sont les motivations des uns et des autres, quels en sont les avantages ?
– Cette dynamique, c’est avant tout un réseau de pairs : qui permet de mettre en commun les difficultés mais aussi les ressources produites par les uns et les autres, ne pas se sentir isolé.e en tant que chargé.e d’animation de la charte au sein de la collectivité ;
– C’est aussi un COPIL unique, qui rassemble les partenaires de la filière une fois par an, et permet de ne pas les sur-mobiliser. Une bonne occasion pour les élu.es de se croiser et de nouer des relations avec les territoires en proximité, au delà des temps de discussion animés par l’URCOFOR ;
– Et la réalisation d’actions en simultané, qui donne plus de légitimé aux actions du point de vue des élu.es.

Et si on poussait le curseur un peu plus loin ? Quelques envies ont été suggérées, parmi lesquelles :
– Se doter d’outils de suivi et d’indicateurs communs. Même si par la suite chacun.e déploie ses actions de manière autonome, avoir une boussole commune permettrait de tirer davantage d’enseignements et relativiser l’impact de ces actions.
– Ouvrir un travail prospectif et collectif, non pas sur ce que la forêt va être dans quelques années, mais sur ce que chacun.e des acteurs va faire de la forêt dans les années à venir. Un bon mélange entre du design fiction, de la modélisation, et une théorie du transformation !

Tester une modalité d’action du réseau : le codev !

Peu mobilisé par le groupe, nous avons proposé aux participants de terminer la journée par une session de codev.
Le codev propose un cadre bienveillant et sécurisant et permet d’améliorer sa pratique en apprenant des uns et des autres. C’est une excellente mise en situation de coopération. Un atelier se centre sur la préoccupation d’un.e des participant.es , et les autres personnes du groupes deviennent ressources le temps de l’atelier.

Un premier tour de table a permis a chacun.e de proposer un problème, et c’est celui-ci qui a été choisi : Comment mobiliser les habitants dans la durée ? (avec comme contexte précis la participation citoyenne dans le processus de renouvellement de la Charte de Parc, et le faible engagement des habitants).

Ce qui se passe dans un codev reste dans le codev. En attendant, les participant.es ont trouvé ce temps très utile, et envisage de renouveler l’expérience pour avancer collectivement sur des problématiques concrètes.

 

Inspiré de différentes ressources , voici un déroulé type pour animer de futures sessions !

 > Fiche outil – déroulé d’un CODEV

Sources pour aller plus loin :

 

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Une journée pour repenser les chartes forestières (1/2) https://tronc-commun.la27eregion.fr/2025/08/19/une-journee-pour-repenser-les-chartes-forestieres-1-2/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=une-journee-pour-repenser-les-chartes-forestieres-1-2 Tue, 19 Aug 2025 10:43:30 +0000 https://tronc-commun.la27eregion.fr/?p=869 Au gré de nos échanges avec nos partenaires du PNR des Boucles de la Seine Normande, nous avons eu envie d’ouvrir le sujet des chartes forestières (de leur élaboration à leur mise en œuvre, en passant par leur évaluation), sans savoir si nous pourrions aménager de réels pas de côté ou y trouver des pistes d’expérimentation, mais avec la certitude que c’était en tout cas un moment propice pour avoir ce genre de réflexion (période de transition vers la réécriture de la prochainement).

Le 3 juillet, nous nous sommes donc retrouvés à Rouen, avec nos partenaires mais aussi les animatrices de trois chartes forestières voisines (dont certaines déjà croisées durant l’enquête) pour prendre le temps de décortiquer la charte en tant que document stratégique et identifier ses incarnations (instances, documents, actions, indicateurs), et in fine, tenter de déceler les endroits de friction ou d’inconfort pour les agents chargés de les mettre en œuvre. La deuxième partie de la journée était consacrée au réseau inter-chartes forestières, pour explorer des formats de coopération que pourrait investir ce réseau, faisant l’hypothèse qu’il pourrait permettre de porter des enjeux plus transformateurs pour la forêt.

Ouvrir la boite noire des chartes forestières

Pour bien comprendre toutes les subtilités de ces chartes, nous avons proposé à nos partenaires d’en réaliser un parcours utilisateur (un bon moyen d’expliciter tout ce qui est visible et invisible dans l’élaboration et la mise en œuvre de ces chartes), avec comme points d’attention : ses outils (documents, déclinaisons stratégiques ou opérationnelles), ses instances (ou groupes de travail) et ses indicateurs – bref, tout ce qui fait vivre la charte – tout en précisant ce qui marche bien ou au contraire ce qui est plus irritant …

Se laisser dérouter par des questions qu’on ne prend pas (plus) le temps de se poser 

Toujours dans l’objectif de rendre visible l’existant (les us et coutumes de la charte forestière) et faire émerger certains irritants, nous avons proposé aux participant.es de réagir à certaines questions, parfois un peu naïves ou volontairement incisives … De quoi animer de bons débats entre collègues ou partenaires !

La charte forestière a-t-elle encore un sens ou est-on sur pilote automatique ?

On ne vient plus bousculer nos manières de faire et questionner nos lignes directrices. Le pilote auto, c’est lié au confort dans lequel on s’installe. Mais peut-être parce qu’on a volontairement mis de côté des sujets (la place des habitants, les proprio…). En tout cas j’ai l’impression qu’on a plus vraiment d’endroits pour venir réinterroger les axes stratégiques.

Parfois, on ne prend plus le temps de prendre du recul sur l’impact que nos actions ont sur le territoire par rapport à l’argent injecté et l’énergie passée.

Moi je n’ai pas le sentiment d’être en mode pilote automatique. On doit être réactifs sur les appels à projets, ils nous poussent à produire de nouvelles choses, il y a des turbulences qui nous dévient de l’itinéraire prévu …

Et si on n’avait pas de charte forestière ? Ou qu’on décidait de ne la pas la renouveler ?

Honnêtement, ça ne changerait pas grand chose : on a pas de financement propre, il faut aller en chercher, qu’il y ait charte ou pas charte.

Au début cet outil nous a vraiment permis de travailler sur la foret, de mettre le sujet sur la table. La charte a permis de mobiliser les élus et d’attirer le regard sur des thématiques forestières et donner une cohérence.

Ça lance une dynamique mais une fois cette phase passée il y a beaucoup d’enjeux qu’on ne réinterroge pas.

Mais on ne peut pas lui enlever que c’est aussi une occasion pour nous de travailler ensemble, au niveau de l’axe Seine. On travaille ensemble car on a tous des chartes.

La charte facilite grandement la délibération. Ça nous permet de dérouler un plan d’actions sans difficulté, ça a plus de crédit auprès des élu.es.

Sur les territoires qui n’ont pas de charte, la grosse différence, c’est que il n’y a pas de stratégie. Ponctuellement des choses sont mises en place mais il n’y a pas de cohérence et de ligne directrice. Ils ne sont que sur une seule entrée : ce n’est pas aussi multifonctionnel qu’une charte.

La charte garantit une forme de stabilité : un changement politique ne vient pas la remettre en question.

Est-ce qu’on se réfère souvent à ce document ? Qui en prend connaissance ? A qui est-il destiné et est-il pensé pour être appréhendé simplement par ces personnes ? 

On s’y réfère tout le temps ! C’est un outil technique. C’est une stratégie de territoire. C’est plus a destination des partenaires et personnes qui l’ont conçus ... Mais ce n’est pas un outil vivant (et ce n’est pas son but en même temps). C’est un outil interne au même titre qu’un PLU.

Tout dépend du format qu’on lui donne aussi. A Évreux par exemple, c’était aussi un document de vulgarisation (histoire des forets etc..). On pourrait en faire des documents plus accessible.

Au Havre, on a travaillé à un vademecum de la charte pour raconter ce que ça change pour les habitants.

Et si la parole des habitants avait autant de valeur que celle des techniciens et des élus ?

Le minimum c’est d’aller chercher de la donnée. Après jusqu’où on les implique et pourquoi c’est autre chose …

Ce qui est compliqué, c’est qu’il faut en écouter beaucoup pour que ça soit représentatif ! La seule façon d’avoir statistiquement un grand nombre d’expressions, c’est le phoning, et ce n’est plus possible aujourd’hui.

Écouter les usagers c’est important, mais aussi des non usagers ! Qui ont beaucoup de choses à dire.Il y a une différence entre habitants et usagers. Tous les intérêts doivent être représentés.

Moi j’ai un soucis avec « prendre en compte » ? Qu’est ce que je fais de toutes les demandes des habitants ? On ne va pas répondre à tout … 

Si les habitants étaient plus entendus on aurait pas les mêmes chartes forestières, nos actions seraient menées différemment

Parfois on a de fausses idées sur ce que pensent les habitants.

Faire le lien avec les habitants permet de légitimer aussi un peu plus les actions.

Quels défis pour repenser ou réenchanter les chartes ?

De nos échanges avec le PNR, nous avions préalablement identifiés quelques défis pour les chartes forestières, notamment :

  • La mobilisation des partenaires dans le temps : si le moment d’élaboration de la stratégie est particulièrement  mobilisateur, notamment du côté des élu.es, l’engagement à tendance à se faire plus ponctuel par la suite : Comment créer de la désirabilité pour les enjeux forestiers dans  la durée ? Comment maintenir les partenaires informés sans attendre les  traditionnels COPIL ? Comment permettre aux parties prenantes de  contribuer tout au long de la vie des chartes ?
  • Réussir à allier long terme et adaptation spontanée : Comment sont évaluées les actions déployées dans le cadre  de la charte ? Comment se doter d’outils de suivi et d’évaluation au fil  de l’eau pour remodeler les actions prévues dans la charte en fonction des priorités du moment ?
  • L’épineuse question de la participation citoyenne et de place des habitant: comment impliquer les habitants ? Que faire des contributions ? Comment leur donner de la valeur ? Comment ne pas alimenter des envies impossibles à garantir ?

Au fur et à mesure de la matinée, différentes catégories de défis ont émergé, recroisant ceux pré-identifiés, avec, bien souvent, des questions qui en appellent d’autres. Et avec plus ou moins de pistes pour s’en emparer.

Trouver une juste place pour les habitant.es et usager.ères

C’est unanime, la première étape est avant tout de les considérer, en adoptant des moyens de communication adaptés pour raconter ce qui est fait sur les forêts et partager les actions entreprises. Mais quand il s’agit d’aller un cran plus loin, sur le terrain de la gouvernance et de l’implication, les ambitions sont plus floues : faut-il impliquer les habitants, si oui, comment (quels formats tester) ? Que faire quand les élus sont peu favorables à concertation ? Y aller coûte que coûte risquerait de heurter les attentes des habitants au plafond verre de la décision politique.

Avant toute démarche, encore faut-il clarifier ce qu’on attend d’elles et eux, pour proposer le format le plus clair et adapté possible, et générer le moins possible de frustration (tant du côté des participants que des agents).

Quelques pistes pour aller plus loin :

  • En Normandie, lancement d’un projet « foret citoyenne » à la suite de « forêt pédagogique » ; une sorte de lieu de débat ou les habitants peuvent échanger avec leurs élus sur les thématiques forets, à l’échelle communale.
  • Investir des instances sous-utilisées : les conseils de développement.
  • Tester une véritable instance citoyenne pour voir s’il génère d’avantage d’engagement : par exemple un comité citoyen doté d’un budget, qui pour financer des actions.

 

Mieux coopérer entre acteurs publics et propriétaires privés

L’accès a la donnée semble être une véritable épine dans le pied pour les participants. Et au delà de la donnée, c’est la mobilisation des propriétaires qui est parfois difficile, selon les relations entretenus avec le CRPF (qui sert d’interface).

Donner à voir la dimension systémique des forêts

Au sein des collectivités, plusieurs services ont une action plus ou moins directe sur les forêts (de leur gestion, à leur qualité d’espace foncier sur lesquels se construisent des projets), mais cela se fait en silo, sans cohérence générale. La stratégie forestière doit être davantage partagée pour gagner en cohérence.

Faire une place non-humain, cap ou pas cap ?

La représentation de la biodiversité est un enjeu qui tend à émerger … Mais dont il est difficile de se saisir pleinement (alors que la place des usagers est encore elle-même un sujet pour certain.e). Comment donner une place aux non-humains dans la concertation ? Cette mission doit-elle être confiée aux associations de protection de la nature, qui œuvrent pour l’intérêt général bien que cette dimension ne soit pas forcément perçue par les acteurs économiques ? Quelle posture adopter ?

Vaste question ! Quelques initiatives sont à garder en tête, notamment le Parlement de Loire, ou les microparlements des vivants.

Se douter d’outils de suivi transversaux

Pour assurer le suivi et la mémoire de l’action collective, notamment en inter-territorial.

 

… Et tout cela, sans négliger le temps que ces intentions demandent pour être mises en œuvre au côtés de toutes les préoccupations courantes (et concurrentes ?), alors que ingénierie d’animation est contrainte.

 

La suite de la journée par ici.

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Et si on repensait les Chartes Forestières de Territoire ? https://tronc-commun.la27eregion.fr/2025/05/12/et-si-on-repensait-les-chartes-forestieres-de-territoire/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=et-si-on-repensait-les-chartes-forestieres-de-territoire Mon, 12 May 2025 15:42:05 +0000 https://tronc-commun.la27eregion.fr/?p=836 Cela fait maintenant quelques mois que nous nous sommes immiscés dans les politiques forestières, et impossible de passer à côté des fameuses Chartes Forestières de Territoire. On en dénombre un peu moins de 150 (ça mérite de s’y pencher!), avec des pilotages et périmètres qui varient mais souvent animées par des communautés de communes ou des parcs naturels régionaux. Elles déterminent une stratégie sur plusieurs années pour la forêt et le bois, avec les acteurs de filière, et se déclinent en un plan d’actions qui répond à ses axes stratégiques. A la 27e région, on est plutôt friands des objets administratifs de ce type, qui donnent un cadre à la coopération. Bien que la charte soit un outil non contraignant et agile, cela ne veut pas dire qu’on s’interroge si souvent sur les manières de les renouveler ou de les rendre plus ambitieuses (à temps contraint, c’est plus facile de faire comme on a toujours fait!).

Avec le PNR des Boucles de la Seine Normande, qui est en pleine période de révision de sa charte de Parc, et d’ici peu sa déclinaison forestière, on s’est dit que c’était un bon moment pour s’interroger un peu plus sur ce document. L’idée n’est pas tant de remettre en cause les chartes en tant que telles, mais plutôt de les questionner du point de vue de leur(s) format(s) (est-ce juste un document textuel ?), de leur lisibilité et de leurs modalités d’animation, au regard des problématiques rencontrées par les personnes en charge de leur animation, ou des ambitions qu’on met derrière.

Voici quelques nœuds, non exhaustifs, que l’on pourrait travailler avec nos partenaires normands !

 

1) La mobilisation des partenaires dans le temps

Pas facile de maintenir une dynamique partagée tout au long de la vie des chartes ! Le moment d’élaboration de la stratégie est particulièrement mobilisateur, notamment du côté des élu.es, mais par la suite l’implication s’étiole quelque peu (pas toujours simple de garder le cap sur tous les sujets).

Comment créer de la désirabilité pour les enjeux forestiers dans la durée ? Comment maintenir les partenaires informés sans attendre les traditionnels COPIL ? Comment permettre aux parties prenantes de contribuer tout au long de la vie des chartes ?

Ce qu’on pourrait imaginer :

  • Des formats de mise à jour (ex : une newsletter, une expo, une documentation des actions mises en œuvre…), de partage de ce qu’il se passe au fil de l’eau pour ne pas attendre le comité de suivi qui a lieu une fois par an ; construire une récit appropriable et moins technique sur les actions forestières, les enjeux que rencontrent le territoire, les sujets qui demandent une mobilisation …
2) Assumer le double parti-pris de la stratégie moyen terme et de l’adaptation spontanée

Certes, la charte forestière est un cadre plutôt peu contraignant. Il n’empêche qu’il incarne une stratégie sur plusieurs années à venir, une vision à minima long terme de transformation ou préservation de la forêt. Et pourtant, les incertitudes sur le devenir des forêts (avènements d’épisode climatique, parasites…) peuvent conduire à ré-apprécier les priorités au fil de l’eau.

Comment sont évaluées les actions déployées dans le cadre de la charte ? Comment se doter d’outils de suivi et d’évaluation au fil de l’eau pour remodeler les actions prévues dans la charte en fonction des priorités du moment ? Sur quelle temporalité sont prévues les actions (programmation annuelle ? Déclinaison pour 5 ans ?) ? Comment les actions non prévues initialement s’insèrent-elles dans la charte ?

Et si demain, on déployait un plan d’action-réaction pour ancrer la stratégie au plus près des priorités du moments, mais aussi pour s’autoriser à porter des actions plus ambitieuses, quitte à ce qu’elles échouent et soient réajustées ou mise au placard pour un moment ?

3) Incarnations de la Charte Forestière

Une charte forestière, c’est quoi concrètement ? Et si on n’avait pas de charte forestière ? Et si demain la charte forestière durait 1 an ? Et au niveau du format ça ressemble à quoi ? Comment elle s’incarne à part dans un document et un comité de pilotage ? Est-ce que ce PDF on s’y réfère souvent ? Qui en prend connaissance ? A qui est-il destiné et est-il pensé pour être appréhendé simplement par ces personnes ? La charte a-t-elle encore un sens ou est-on sur pilote automatique ? Qu’est-ce que la charte nous permet de faire qu’on ne pourrait pas faire sans ? Et inversement, quel serait l’intérêt de ne pas renouveler la charte cette année ? Et si la coopération entre les personnes mobilisées autour des enjeux forestiers à l’échelle d’un territoire  prenait d’autres formes ?

Au- delà de ces questions un peu déroutantes, nous sommes convaincus que le moment de renouvellement de la Charte, avec les principaux partenaires est une bonne occasion pour soulever ces questions et pour en faire un objet de travail et de réflexion collectif. 

4)  La synchronisation avec les chartes voisines

Du côté de nos complices normands, il y a une volonté de s’articuler avec les chartes voisines et constituer un réseau territorial. Cependant, comme les fonctionnements des acteurs qui les pilotent sont différents (le PNR anime les actions, la Métropole délègue…), la mise en œuvre d’actions communes n’est pas toujours évidente. Un comité de pilotage commun a été instauré, pour permettre aux acteurs de se synchroniser et éviter surtout la sur-mobilisation des partenaires (qui au lieu de participer à 4 comités de pilotages, n’en font plus qu’un!). Le petit hic, c’est que cette initiative a tendance à moins « ancrer » les enjeux de chaque charte forestière, et rendre ce temps un peu plus général.

Comment donc ré-ancrer ce fameux comité de pilotage ? Comment faire de ce réseau un endroit de réciprocité et de coopération, voire faire émerger des projets communs, co-portés ? Qui prend la charge de l’animation de cette dynamique ?

Ce qu’on pourrait imaginer :

  • Des nouvelles modalités de coopération entre les animateurs des chartes (des temps de codev pour s’entraider sur des sujets bloquants/des irritants, des missions-défis communs…)

 

5) La diversification des contributions

Il y a une problématique qui est un vrai caillou dans la chaussure de nos partenaires, c’est l’entre-soi. Et ils le reconnaissent, faute de réussir à mobiliser largement, on se contente de celles et ceux qui viennent, et ce sont toujours un peu les mêmes … au risque de se faire reprocher la non représentativité de ces derniers. Et du côté propriétaires privés comme des usagers, on a du mal à se défaire de cette non exhaustivité.

En ce qui concerne les habitant.es, l’élaboration de la charte est toujours un moment riche en contributions (panel habitant, récits, ateliers)… le souci étant à la fois de donner/ reconnaître une légitimité suffisante à ces contributions afin qu’elles soient véritablement prises en considération et de mobiliser les habitant.es dans la durée (tout en réinterrogeant sur les réelles attentes derrière la mise en œuvre de dispositifs de participation citoyenne).

Comment donner de la valeur au concernement pour la forêt / au droit d’accès à la nature au-delà du droit de propriété ? Comment muscler l’argumentaire en faveur d’une participation habitante non représentative (argument qui conduit à délégitimer la participation citoyenne actuellement, car peu d’habitants sont mobilisés) ? Comment accueillir des contributions qui ne s’exprimeraient pas dans les instances/dispositifs prévus à cet effet ? Comment sortir d’une mobilisation habitante conjoncturelle (au moment des réécritures de chartes etc…) mais plutôt collecter des contributions au fil de l’eau qui peuvent être remobilisées à ce moment là ? Comment être précautioneux pour ne pas sursolliciter les habitant.es en demandes d’avis tous azimuts ? Et puis comment muscler les capacités des agents du Parc, qui sont parfois vus comme un peu techno (c’est pas nous qui le disons, c’est eux), à mobiliser les habitants, on s’ouvrant une pluralité de forme de participation ?

Ce qu’on pourrait tester :

  • Un booster du panel habitant : Profiter d’une instance de participation citoyenne mise en place pour le renouvellement de la Charte de parc pour réfléchir avec eux à une instance de participation idéale : de quoi auraient-ils besoin ? Qu’est-ce qui peut être un frein à l’engagement dans la durée ? Comment on sécurise cette participation pour qu’elle soit confortable pour toutes et tous ? Quels sont les moteurs à la participation des habitant.es d’une part et à la volonté de les faire participer d’autre part ?)
  • Travailler la parole des habitant.es avec les élu.es / muscler l’argumentaire en faveur de la participation citoyenne ; révéler l’implicite derrière leur recours à l’argument de la non représentativité
  • Faire des agents du parc des transmetteurs/traducteurs/courroies de transmission entre le politique et l’habitant.e, ouvrir le référentiel de la participation
  • Trouver des nouveaux formats d’expression des points de vue (récits, collecte de verbatims, expo ….), pour pluraliser le diagnostic/le discours sur la forêt.

 

Bref, du grain à moudre pour les Chartes ou outils de gouvernance forestières assimilés !

 

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Retour d’enquête, sans langue de bois ! https://tronc-commun.la27eregion.fr/2025/01/26/retour-denquete-sans-langue-de-bois/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=retour-denquete-sans-langue-de-bois Sun, 26 Jan 2025 16:15:40 +0000 https://tronc-commun.la27eregion.fr/?p=667 Quelques jours aux rencontres nationales des communes forestières https://tronc-commun.la27eregion.fr/2024/11/06/quelques-jours-aux-rencontres-nationales-des-communes-forestieres/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=quelques-jours-aux-rencontres-nationales-des-communes-forestieres Wed, 06 Nov 2024 11:38:45 +0000 https://tronc-commun.la27eregion.fr/?p=627 Fin septembre se tenaient les rencontres nationales des communes forestières à Rouen, organisées par la FNCOFOR (Fédération nationale des communes forestières). Un rendez-vous immanquable pour parler d’action publique en forêt, qui a rassemblé plus de 200 participant.e.s venant des quatre coins de la France (élu.e.s de communes forestières et agents en charge du sujet, COFOR régionales, Parcs Naturels Régionaux, Conservatoire d’Espaces Naturels, représentant.e.s de la filière …).  Une bonne immersion au cœur du sujet pour nous, en territoire pas tout à fait inconnu (on a recroisé plusieurs acteurs rencontrés lors de l’enquête sur le PNR des Boucles de la Seine Normande). Thème de l’année : « repenser le dialogue autour de la forêt : les territoires au cœur des solutions » … ça valait quand même le coup d’y laisser traîner nos oreilles !

Les 3 jours ont été ponctués par des débats, des histoires de territoire et des visites terrain, en immersion dans les chartes forestières normandes. Y ont été abordées les questions forestières sous l’angle des risques naturels, des filières courtes et de proximité, de la protection de la biodiversité, des stratégies commerciales territoriales et de contractualisation, d’urbanisation, d’accueil, du tourisme… On vous raconte !

Au cœur de la forêt

C’est vêtues de nos plus beaux impers que nous sommes parties à la découverte de trois chartes forestières, pour en découvrir quelques actions aux côtés de celles et ceux qui les font vivre au quotidien…

Direction le PNR des Boucles de la Seine Normande : certification FSC et marteloscope

C’est d’abord vers la forêt de Villequier que nous nous sommes dirigé.e.s. Gérée par l’ONF, le département y mène des études sur la biodiversité du lieu. Cette visite a été l’occasion de nous introduire à la certification de gestion forestière FSC, inscrite dans leur charte forestière. Par exemple, afin de protéger certains habitats et espèces qui ne se maintiennent qu’en présence des caractéristiques que l’on retrouve dans des forêts laissées en libre évolution, il est imposé que 10% de la surface de la forêt soit favorable à la biodiversité (espace Natura 2000, vieux bois, îlots de senescences en libre évolution …). Du fait de ses exigences, elle permet de valoriser le travail qui a été fait en amont de la filière. Ce travail sur la certification FSC se fait grâce à la mobilisation d’un petit groupe de propriétaires volontaires (plutôt sensible à l’environnement) et du Parc (qui porte le coût de l’audit).

Deuxième stop à la forêt domaniale de Brotonne, où nous avons été initié.e.s à un dispositif ludique pour sensibiliser le grand public et les élu.e.s à la gestion forestière : le Marteloscope. Sur une session de trois heures, par groupe et munis d’une tablette, les participant.e.s parcourent une parcelle forestière et choisissent l’arbre qu’ils souhaitent couper. Un logiciel permet alors de simuler l’impact qu’aurait cette coupe sur la forêt : rentabilité économique, amélioration de la qualité des bois à long terme, préservation de la biodiversité … ainsi les résultats permettent de lancer la discussion sur les coupes forestières. Pour les intéress.é.s, les ateliers sont organisés par l’ONF et le PNR, et ont lieu deux fois par an.

Cap sur la Métropole Rouen Normandie : acquisition, maison de la forêt et construction bois

Nous loin du centre et des rives de la Seine, première prise de recul sur les hauteurs de la ville pour découvrir les acquisitions forestières de la Métropole rouennaise. Déjà perceptibles depuis le centre-ville, les massifs forestiers (où s’alternent forêts domaniales, forêts Métropolitaines et forêts privées) qui dessinent la ligne l’horizon gagnent en densité. L’enjeu de la parcelle où nous avons fait escale, anciennement privée, mais très fréquentée, est d’en faire un espace un accessible depuis le centre ville, aménagé pour l’accueil du public.

Prochain arrêt : la Maison de la Forêt de Darnétal, un des 3 équipements de ce type animé par la métropole. Une équipe d’agents dédiés, avec des profils plutôt de techniciens espaces naturels, s’occupe de l’animation de ces maisons, et accueillent public et scolaires pour des temps de sensibilisation à la forêt.

Le temps du retour en bus nous permet d’aborder le sujet de la construction en bois local. Il en est question notamment pour la rénovation d’une des Maisons de la Forêt, qui a brûlé en 2021 et où la Métropole souhaiterait utiliser une partie de sa ressource en bois pour la construction, avec la mise à disposition d’un lot, charge à la maîtrise d’œuvre de composer avec. Si l’ambition est là (avec 20% de bois biosourcé pour la surface de plancher), la qualité du bois de la métropole reste moyenne, et le document d’aménagement pas encore validé (et donc le plan de coupes non plus). Au-delà du lot fourni par la Métropole, les équipes comptent s’appuyer par stratégie de détournement sur les liens entre scierie et acheteurs de bois, pour privilégier indirectement du bois provenant d’un périmètre raisonnable.

La Métropole a également à cœur l’usage du bois comme démonstrateur d’une construction plus durable, c’est un axe de sa charte forestière de territoire, qui s’incarne notamment dans une tentative de créer des synergies au sein de la filière et entre architectes, maîtres d’ouvrage, entreprises d’éco-matériaux…. Sur les constructions récentes, le bois pare ici et là les murs des bâtiments, comme un message de valorisation de la filière locale.

Le Havre Seine Métropole : formation, sensibilisation et coop carbone .

Nous avons arpenté 5km de forêt sur le territoire de la communauté urbaine du Havre, l’occasion d’évoquer in situ les actions entreprises par les acteurs publics locaux en faveur de la préservation et de la gestion des espaces forestiers, ainsi que les problématiques rencontrées.

Mais tout d’abord le cadre : La communauté urbaine du Havre, c’est 53 communes et 66% de l’espace du territoire occupé par des terres agricoles très fertiles, exploitées principalement pour l’export du lin et du blé. La surface boisée est très faible, elle couvre 7% du territoire, soit 3800Ha, essentiellement située dans les pentes, « là où l’agriculture n’a pas pu se développer ». La communauté urbaine s’est dotée d’une compétence « Nature & Biodiversité » qui se déploie autour de 3 axes :

1/ La connaissance en interne, avec l’objectif de faire monter en compétence les services sur ces questions, et de former les élu.e.s;

2/ Le développement d’actions de préservation à travers la définition du PLUI, de corridors de mise en lien, et de trames vertes et bleues. Cela passe aussi par le dispositif Carbolocal, sorte de coopérative carbone locale, qui met en relation des entreprises et des agriculteurs afin de financer la plantation de haies champêtres grâce aux crédits carbone des acteurs économiques locaux : « Le carbone est un prétexte pour mettre en dialogue des gens qui ne se seraient jamais parlés » ;

3/ La sensibilisation du public à travers des actions de formation et de sensibilisation.

La communauté urbaine planche sur la mise en place d’une charte forestière de territoire, avec pour objectif de mettre « tout le monde », et notamment l’ensemble des acteurs engagés autour des questions forestières, en dialogue. Ce projet de charte forestière est né suite au désarroi des maires face aux coupes rases qu’ils ne peuvent ni anticiper, ni véritablement éviter.

Étape suivante : le PNR des Boucles de la Seine Normande nous a présenté une parcelle sur laquelle ils vont engager un travail d’information auprès des propriétaires pour permettre la prise en compte de la biodiversité forestière dans les actions de gestion. Il œuvre également au développement du label bas carbone pour des espaces boisés en libre évolution, afin que ce choix délibéré de gestion sans intervention puisse être financé, par exemple, par des crédits carbone.

Zoom sur Carbolocal : Ce dispositif est né d’un travail autour de la qualité de l’eau. Son rôle est de rechercher des cofinancements privés d’entreprises du territoire. A ce jour, cela a permis de planter 27km de haies, et d’embarquer 22 entreprises. « On vend du carbone mais c’est une façon de chiffrer. Demain on chiffrera peut-être la biodiversité ; on cherche des outils vendables à l’entreprise« . Carbolocal engage à l’échelle de 3 intercommunalités (100 communes) un projet de coopérative autour de la plantation de haies, afin de pouvoir alimenter l’ensemble des chaufferies communales. A ce stade, beaucoup de bois de coupe est utilisé en plaquettes pour alimenter les chaufferies ; demain, ils aimeraient lever la pression sur la ressource bois en produisant l’ensemble du bois-énergie à partir des plantations de haies

Bonus : la forêt monumentale de Roumare, manifestation artistique en forêt publique

Pour clôturer la journée, direction la commune de Cauteleu, recouverte à 70% d’espaces naturels. Nous nous sommes ainsi rendues dans la forêt domaniale de Roumare qui occupe la quasi-totalité de la boucle de la Seine située à l’aval de Rouen, rive droite.

La forêt accueille pour les deux prochaines années l’exposition « forêt monumentale » (deuxième édition), un dispositif culturel qui prend la forme d’un parcours à travers une dizaine d’œuvres conçues par des artistes du monde entier, pour « (re)découvrir, avec un autre regard, ce milieu naturel remarquable ».

Ce projet s’inscrit dans le travail de valorisation et de sensibilisation des trois forêts domaniales labellisées Forêt d’Exception®, mené par la Métropole Rouen Normandie en collaboration avec l’ONF, gestionnaire du site. L’ONF accompagne la Métropole sur ce projet à chacune des étapes : définition du parcours, des sites d’installation des œuvres, membre du jury de sélection, responsable des travaux de sécurisation du site… C’est ludique, c’est original … on ne résiste pas à l’envie de vous partager quelques unes de ces installations éphémères.

Retour en plénière et aperçu des discussions

Difficile d’être exhaustif et vous partager l’ensemble des échanges … On a donc réunis ici quelques sujets qui font réfléchir, qui font envie, qui font friser …

Il y a de l’électricité dans l’air ! quelques sujets qui font des étincelles :

  • Remettre en cause « les règles du jeu » basées sur la croissance économique, proposé par Cyril Dion en conférence introductive … N’a pas fait l’unanimité ;
  • On parle de concertation et de dialogue, mais on n’a croisé aucune association/représentant.e.s de la société civile à ces rencontres, alors qu’en parallèle un gros conflit fait rage avec l’association Canopée ;
  • Acquisition publique, c’est pas automatique ! Au delà de l’acquisition publique VS privée, l’acquisition entre acteurs publics eux-mêmes semblent parfois lever des tensions (par exemple entre une commune et un Conservatoire d’Espace naturel) … Car la forêt demeure une source de revenu pour les acteurs publics, mieux vaut alors l’avoir dans son patrimoine foncier.

Ça nous donne du grain à moudre :

  • Il y a pas de secret, l’animation des démarches de concertation repose sur les équipes disponibles pour les mettre en œuvre. Avec des agent.e.s qui croulent déjà sous les projets et sujets, comment ne pas en faire la charge de trop qui risque de passer à la trappe ?
  • Réorienter l’usage de la dotation de soutien aux communes pour les aménités rurales, destinée aux communes rurales dont une partie significative du territoire comprend une aire protégée ou jouxte une aire marine protégée, vers des actions de préservation de la biodiversité (là où aujourd’hui les communes ne sont pas contraintes dans l’allocation de cette dotation).
  • L’enjeu de d’offrir un nouveau cap aux chartes forestières, en les rendant plus engageantes pour les parties prenantes.

Quelques pépites en vrac :

  • Le travail sur les financements pour services environnementaux à Vals les Bains (Ardèche)
  • La gestion des forêts du Domaine de Montéclin en collaboration association des Amis de la Vallée de la Bièvre, une association de protection de l’environnement dans un cadre régional.
  • Une réunion anti-jargonnage forestier animé par l’ONF à Cluny, pour mettre tout le monde à niveau dans la construction de la Charte Forestière de Territoire.
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Par où commencer ? https://tronc-commun.la27eregion.fr/2024/05/31/par-ou-commencer/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=par-ou-commencer Fri, 31 May 2024 15:17:28 +0000 https://tronc-commun.la27eregion.fr/?p=413 Après plusieurs mois passés à monter le programme Tronc Commun, réunir des partenaires, trouver des territoires prêts à se saisir du sujet de la gouvernance des forêts avec nous … avons-nous dépassé l’orée, non pas du bois, mais du programme, pour nous lancer dans les chemins tortueux de l’enquête … qui mèneront, si tout se passe bien, vers des expérimentations ?

A quoi ressemble Tronc Commun aujourd’hui ? Les aléas, qui sont le lot de tout projet, nous ont conduit à adapter quelque peu la méthode imaginée pour s’harmoniser au mieux avec ce que Tronc Commun est en réalité. Petit recap’ pour se remettre à jour !

De l’enquête croisée et collective … à un face à face plus bancal ?

Initialement, l’enquête devait rassembler 5 à 7 collectivités autour de temps collectifs pour s’outiller collectivement à mener l’enquête, s’inspirer d’initiatives développées en France et en Europe, donner aux enseignements particuliers une résonance partagée. On en avait eu un aperçu lors de nos « petits dejs forêts », qui ont rassemblé une dizaine d’acteurs publics au moment du montage du programme. Dans les faits, un an plus tard, nos (valeureux) partenaires ne sont pour l’instant que deux : le Centre National de la Propriété Forestière de Nouvelle Aquitaine, et le Parc Naturel Régional des Boucles de la Seine Normande. Dès lors, l’enjeu de coordination est moins contraignant, nous permettant de nous impliquer directement dans l’enquête, en déployant l’équipe-projet sur chacun d’eux. D’autant que nos partenaires, bien que rassemblés par la forêt, ne parlent pas vraiment du même endroit : le parc est un acteur public (un syndicat mixte ouvert, pour être précis)… dont des représentant.e.s des différentes  collectivités du parc constituent le comité syndical ; le CNPF est un établissement public … représentant de la propriété privée … pas simple ! On reste convaincu de l’intérêt de l’inter-territorial, des croisements viendront, mais dans un second temps !

S’accrocher à un projet existant : pas facile de trouver sa propre cadence.

L’un comme l’autre, ces deux partenaires sont lauréats d’un AMI du Ministère de l’Agriculture et de la Souveraineté Alimentaire, et déploient de ce fait un projet autour de la concertation et de la multifonctionnalité des forêts. Et même si nous avons rejoint ces consortiums de réponses pour provoquer un croisement entre Tronc Commun et ces projets en germe, il faut que chacun trouve son rythme de croisière. Notre positionnement au sein de ces processus de concertation n’arrange rien au balbutiement : un peu dedans, un peu en parallèle, incitant ouvertement au pas de côté plutôt qu’au sentier tout tracé.

Lancement du projet « Dialogue forestier », porté par le PNR des Boucles de la Seine Normande, janvier 2024.
Et maintenant ?

Cela fait donc quelques semaines que Tronc Commun est sur la rampe de lancement, mais … difficile de savoir par quel bout saisir cet épineux sujet de la gouvernance des forêts. Qu’est-ce qu’on cherche exactement ?  Et qui faut-il interroger pour nourrir le diagnostic et alimenter l’exploration ? Quel est le meilleur terrain et moment pour un temps d’observation ?

Notre posture de néophyte oblige, nous avons besoin de repartir de la base : comprendre les réalités et le vécu de nos partenaires, mieux saisir leurs missions, avoir un panorama large des enjeux que rencontrent ces territoires avant d’être plus précis et intentionnels lors de l’enquête.

Démarrage de la pré-enquête : reculer pour mieux sauter ?

Dans les prochains jours, nous réaliserons avec nos partenaires un exercice au croisement de l’entretien et de l’atelier, qui s’articulera autour de 3 séquences :

1/ Repartir de nos partenaires
Quel est leur rôle ? Quelles sont les missions de leurs structures ? Dans quelles instances sont-ils impliqués et avec quels autres acteurs interagissent-ils ?
L’objectif : produire une cartographie d’acteurs pour identifier les parties prenantes et la nature des relations qu’ils entretiennent !

2/Repartir des usages … et des conflits qu’ils génèrent
Quels sont les conflits d’usages/usages intensifs que l’on retrouve sur le territoire ? Où sont-ils situés ? Qui impliquent-ils
L’objectif : nous permettre de prioriser un (ou plusieurs) espace sur lequel cibler l’enquête, et embarquer les acteurs concernés.

3/Aller grattouiller les sujets plus prospectifs
Quels outils et/ou instances existent pour penser la forêt de demain ? Aborder les sujets de transition ? Adopter une vision partagée, qui donne une place à une diversité d’acteurs et de voix ?

Ces éléments nous permettront de préciser l’enquête, qui devrait suivre rapidement ! On a hâte de s’y mettre.

 

 

 

 

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